La reprise des troubles et des mouvements de protestation dans plusieurs régions remettent à l’ordre du jour le dossier du développement régional et les efforts du gouvernement intérimaire pour réhabiliter les régions en leur accordant la priorité.
Sur ce point, Mohsen Hassen, analyste financier fait remarquer que le modèle de développement économique est une question d’actualité pour plusieurs raisons. En effet et après la Révolution, tous les partis politiques, les analystes et les financiers ont commencé à diagnostiquer l’ancien modèle. «Je pense que ce modèle de développement n’a pas pu résoudre les problèmes de base de l’économie tunisienne. Au contraire, certains problèmes se sont aggravés, à savoir ceux de l’emploi et du développement régional. Donc, le diagnostic confirme que les résultats de l’ancien modèle de trois ou quatre décennies de développement ne sont pas positifs»
Pour les freins de développement de l’économie tunisienne durant les dernières années, il importe de mettre le doigt sur la faiblesse de l’investissement par rapport aux pays voisins. Cette faiblesse trouve son explication essentiellement dans le système fiscal inapproprié.
Le deuxième facteur concerne la gouvernance. Mohsen Hassen affirme qu’il y a un déficit énorme en matière de gouvernance. Ce problème à lui seul a engendré un manque à gagner en termes de croissance entre 2 et 3% c’est-à-dire un manque à gagner en termes de création d’emplois entre 30 mille et 40 mille emplois par an.
Autre frein de développement, l’employabilité des diplômés de l’enseignement supérieur. «Je pense que nos diplômés sont très bien formés sur le plan académique, mais avec beaucoup d’insuffisances au niveau pratique. Donc, il est temps de revoir le système éducatif» ajoute-t-il.
Il y a aussi le système financier et bancaire qui souffre en fait d’un certains nombre de lacunes, soit en termes d’utilisation des nouvelles technologies soit en termes de coût d’endettement. Le marché financier est encore jeune et il n’a pas pu capitaliser la capacité de financement existante de façon plus intéressante alors que la participation du marché financier dans l’économie est encore faible. La capitalisation de la bourse de Tunis est la plus faible dans la région. De façon générale, le système financier tunisien n’a pas pu participer au développement de l’activité de l’économie tunisienne.
Un autre point très important qu’il faut souligner : celui du rôle des organismes d’appui dans le développement de l’investissement comme l’API, l’Apia. « A mon avis, ces organismes n’ont pas vraiment joué le rôle catalyseur de l’investissement, ils n’ont pas cherché des idées innovantes en termes d’investissement. Ils ont joué un rôle purement administratif et c’est qui a handicapé le développement de l’investissement», souligne-t-il.
La compétitivité de l’entreprise demeure un obstacle pour le développement de l’économie tunisienne. Les entreprises tunisiennes, malgré les efforts déployés, n’ont pas réussi à jouer un rôle d’un stimulateur de développement socio-économique en Tunisie.
Que faut-il faire ?
Il faut revoir le modèle de développement économique avec la participation de tout le monde que ce soit partis politiques, organisations patronales et syndicales, et ce pour élaborer et mettre en place les grandes lignes du modèle de développement économique de la Tunisie.
Le futur modèle devrait être axé sur l’économie du marché social : le droit à la liberté d’entreprendre, la liberté d’agir, égalité des chances entre tous les operateurs économiques ; mais en même temps il faut penser à l’équilibre régional et l’emploi des jeunes et surtout la stabilité sociale.
Les principes de base de ce futur modèle de développement économique tournent autour de l’emploi et le développement régional. Mohssen Hassen précise dans ce contexte que ces deux éléments ne pourraient pas être assurés uniquement par le secteur privé. L’Etat doit jouer un rôle d’investisseur en association avec le secteur privé dans les régions. Il doit faire office de locomotive d’investissement productif dans ces régions. On ne peut pas compter seulement sur le secteur privé pour investir. Il doit investir aussi dans le développement des infrastructures dans les régions.
Un autre axe devrait être pris en considération, celui de la gouvernance. Il faut doter les régions d’instances qui soient en mesure de mettre en place les stratégies de développement régional. Et là, il est important de revoir le rôle de gouverneur, le rôle de la région dans la mise en place des programmes de développement.
La reformulation du système fiscal devrait être mise en valeur, et ce pour assurer plus d’égalité. D’autre part, les organismes d’appui devraient jouer un rôle de créateur de projets en constituant une banque de données en matière de création d’entreprises propres à chaque région et qui devraient être mises à la disposition des jeunes promoteurs.
Sur un autre plan, les efforts devraient se concentrer sur le développement de l’initiative privée. «Pour promouvoir l’entreprenariat, il faut trouver des solutions de financement des fonds propres. Et à cette fin, il doit être fait appel aux Sicars de telle sorte qu’elles jouent un rôle essentiel de renforcement réel de fonds propres. Les banques tunisiennes sont appelées aussi à consacrer une partie de leurs crédits octroyés au développement régional. Elles devraient jouer un rôle de d’assistance au profit des jeunes créateurs.
Au niveau industriel, l’accent devrait être mis sur l’investissement dans les secteurs à forte valeur ajoutée tout en poussant la compétitivité de l’entreprise tunisienne.
Evoquant le rendement du gouvernement transitoire, Mohsen Hassen relève l’opportunité du programme d’urgence élaboré depuis quelques mois. En effet, le gouvernement actuel n’a ni les moyens, ni le temps pour mettre en place une stratégie de développement durable. «Je pense que le gouvernement actuel doit résoudre les problèmes conjoncturels et urgents comme la sécurité et la stabilité. Il doit être transparent au niveau de la réalité économique». La mise en place d’un model de développement économique durable devrait être l’affaire de toute la société civile.
« Il faut commencer dès maintenant à préparer les solutions envisageables. Le gouvernement transitoire doit mettre en place les grandes lignes d’un plan Marshall tunisien ayant pour objectif le développement de l’emploi et le développement régional», suggère notre interlocuteur.
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